Théâtres d’architectures

Les gravures et dessins du 16e au 19e siècles proposés dans l’exposition présentée au château de Courcelles, du 5 mars au 1er mai 2016, ont en commun le thème de l’architecture.

Comme l’imprimerie, née dans le milieu des orfèvres rhénans qui maitrisaient les métaux et leur taille, la gravure sur cuivre se développe chez des professionnels experts. La Lorraine, terre métallifère, fut dès l’origine un lieu d’expérimentation technique ; elle reste de nos jours un pays de pratique assidue de la gravure. Art exigeant s’il en est, où il faut concevoir l’image à l’envers de celle que l’on souhaite obtenir et, dans les techniques du burin ou de la morsure à l’acide (eau-forte), creuser plus profondément les traits que l’on veut plus saillants.

À ses débuts, la gravure est une technique de réplication des œuvres de peintres, avec sensibilité et savoir-faire. Progressivement, les graveurs s’affranchissent de la fonction d’exécutants pour devenir artistes à part entière. Jusqu’à l’apparition de la photographie, la gravure servira deux fonctions : la reproduction pour diffusion, et ce que l’on désigne désormais sous le nom de création, où brillèrent les plus grands artistes, de Dürer à Picasso, en passant par Rembrandt ou Goya. La frontière n’est pas tranchée, certains artistes apportant leur talent à une fonction que l’on pourrait qualifier de documentaire, ainsi le Nancéien Callot qui composa de grands panoramas, sur plusieurs feuilles assemblées, pour illustrer des batailles du règne de Louis XIII, ou, au siècle suivant, le Messin Le Clerc, auteur de plus de 3400 planches, « graveur du Roi » représenté par une vue d’architecture éphémère pour une naissance princière.

On retrouve la minutie flamande et des décors d’invention dans les œuvres des peintres d’histoire van Heemskerck, de Vos gravé par Sadeler, ou dans le magnifique «Jardin d’amour, ou grande fête dans un parc de château» de Vinckboons gravé par Nicolaes de Bruyn, célèbre par ses œuvres de grand format.

L’architecture elle-même prime dans la plupart des planches, où Rome a imposé la poésie de ses monuments millénaires. L’artiste le plus spectaculaire est l’architecte-graveur Piranèse, dont les planches puissamment contrastées isolent les bâtiments pour leur donner une dimension dramatique. Ses Carcieri, ‘prisons d’invention’, dont celle de Dardanus, via l’opéra de Rameau, influencent Chéreau un siècle plus tard dans des images plus populaires. Le peintre Hubert Robert, de famille lorraine, rencontra Piranèse et ramena d’Italie tant de dessins de ruines artificiellement regroupées qu’il en fit un genre à part entière, il y gagna le nom de « Robert des ruines ». On ressent encore la volonté d’expression héroïque du paysage dans la lithographie de l’Anglais Roberts représentant l’antique monastère de Mar Saba.

En France, après les violences révolutionnaires, le 19e siècle révéla l’expression du terroir et de sa mémoire plus intime. En témoignent ici deux Messins : Adolphe Migette, dont le biographe Alain Hilbold écrit que « les dessins ne sont pas de sèches reproductions de monuments mais de véritables compositions intégrant les édifices à la ville ou au paysage », et le modeste Nicolas-Adolphe Bellevoye qui prit soin de compléter ce patrimoine et de le faire entrer dans les collections publiques.

Bellevoye regrettait que Metz ne s’intéressât pas assez à la création de ses enfants : faute d’acquérir leurs œuvres à la source, on ne pouvait les rassembler qu’en « réunissant les cartons de trois ou quatre amateurs ». Cette conjonction se retrouve aujourd’hui, grâce au goût d’Alain Meyer qu’il faut féliciter. Quant aux Bibliothèques-Médiathèques de Metz, elles s’attachent désormais, aussi, aux créateurs messins.

Retrouvez l’ensemble des 24 pièces prêtées par les BMM pour l’exposition de Montigny-lès-Metz dans une galerie Flickr.

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André-Pierre Syren

Directeur - Bibliothèques-Médiathèques de Metz

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