Élections livres

Les modèles économiques de la culture sont chamboulés par la généralisation du numérique. Le droit d’auteur qui s’est patiemment construit depuis Beaumarchais supposait le ferme arrimage de trois entités réputées inaltérables, en paraphrasant le Général : « pour qu’il y ait droit d’auteur,  encore fallait-il qu’il y ait un droit, qu’il y ait un auteur, qu’il y ait une œuvre ». On peut rajouter : qu’il y ait des médias.

L’excellent Pierre Bayard, parmi d’autres, montre que toute œuvre n’est souvent que l’arrêt sur image d’un processus de création continu, et les réseaux permettent maintenant de travailler à plusieurs pour construire une œuvre collective. Par ailleurs, la rentabilité d’une œuvre diffusée numériquement n’est plus liée aux pourcentages perçus sur le nombre de copies physiques ; les droits, auxquels il est possible de renoncer, sont désormais moins liés à la production de supports qu’à l’accès.

Le sujet des droits d’auteur est donc central dans une campagne présidentielle… qui ne parle pourtant guère de culture.

Deux organisations professionnelles l’IABD (en gros, les bibliothécaires) et le SNE, puissant syndicat des éditeurs, ont fait paraître des revendications opposées, destinées aux candidats.

D’un côté, « Pour une politique publique d’accès à la culture, à la connaissance et à l’information ».
De l’autre, « Réaffirmer le droit d’auteur à l’ère du numérique ».
D’un côté, l’affirmation d’un intérêt public : gratuité des publications produites grâce à l’impôt (recherche universitaire notamment), licences négociées collectivement, exceptions pour des usages non marchands, notamment à visée culturelle et pédagogique.
De l’autre, une condamnation de la gratuité totale, l’affirmation d’un droit d’auteur appliqué aveuglément, sans aucune exception pour les usages pédagogiques ou spécialisés, par peur qu’un fichier numérique soit dupliqué indéfiniment.

Je vous donne un exemple concret pour vous faire votre opinion : faudrait-il considérer demain qu’un poème employé pour une récitation, un livre numérique emprunté dans votre bibliothèque, un texte donné pour un devoir de réflexion ou pour une dictée sont des atteintes au « droit imprescriptible de l’auteur » ou, au contraire, que la circulation contrôlée des idées et des œuvres permet de créer une culture collective ?

Miss Média
(texte repris de L’Estrade, mensuel culturel lorrain gratuit, numéros de mars et avril 2012)

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Bibliothécaire - Bibliothèques-Médiathèques de Metz

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